La montagne mentale : au cœur de la quête du million de pieds de Ben Hildred
Cela fait environ deux mois que Ben Hildred, vététiste basé en Nouvelle-Zélande, a achevé son défi : gravir 1 000 000 de pieds en 100 jours. Maintenant qu’il a pris le temps de revenir sur ce parcours physique et mental, Ben a mis ses pensées en mots. Il revient sur l’état d’esprit qu’il lui a fallu pour se préparer, persévérer et, peut-être plus difficile encore, retrouver une forme de normalité après 100 jours vécus minute par minute selon un plan précis.
Article de : Ben Hildred

Comment vous préparer à quelque chose que vous n’avez jamais fait, à une référence que vous définissez vous-même, à quelque chose que beaucoup ont du mal à mesurer, pour lequel il n’existe ni équivalents, ni repères à suivre, une formule dont les ingrédients relèvent de l’intuition et du pari, à partir de saveurs passées, similaires.
Pour moi, la préparation commence dès le premier instant où j’exprime un plan à quelqu’un. À ce moment-là, le béton est coulé, il n’y a plus de retour en arrière.
Ce que les gens ne voient pas, c’est le niveau de concentration mentale et de certitude que je dois construire avant d’entreprendre une sortie comme celle-ci. Il n’y a aucune logique à décider de sacrifier 100 jours, de tout mettre en jeu, tout un été, pour un objectif arbitraire, simplement parce qu’une curiosité morbide m’a poussé à le faire.


Une fois remis de la précédente « grande » sortie, je reviens souvent à ces idées, avec l’envie d’aller plus loin ou de voir plus grand. On oublie vite à quel point cela a fait mal, et on ne retient qu’une chose : on a réussi, et il en reste sûrement encore sous la pédale.
Quant à la certitude, il n’y a jamais le moindre doute dans mon esprit. Le doute vous détruit si vous vous préparez à passer 2400 heures dans un état de concentration et d’épuisement. Le doute ne peut pas exister. Il n’existera pas.
Pour moi, la préparation d’une grande sortie passe beaucoup par l’intention et la visualisation. Je découpe la sortie en petites parties, en fractions et en pourcentages, puis j’imagine ces étapes clés : où je serai, ce que je ressentirai. Je m’appuie tellement sur la visualisation que, quand j’y suis, j’ai parfois l’impression de revivre quelque chose que j’ai déjà vécu.
« La visualisation de l’arrivée me faisait toujours tenir. Je voulais ressentir ce soulagement en compétition plus que je ne voulais m’arrêter. »


Pendant l’effort, votre force mentale et la solidité de votre conviction sont mises à l’épreuve en permanence, sur le vélo comme en dehors. Dans ce défi de 100 jours, vous étiez « à fond » chaque minute de chaque journée. Je devais réaliser un Everest toutes les 69 heures, gravir 417 pieds par heure pendant 2 400 heures d’affilée. Chaque fois que je ne roulais pas, j’avais l’impression de prendre du retard. La pression était immense et elle faisait vaciller ma concentration. Pourtant, je n’ai jamais laissé cette vague de surcharge me submerger complètement, même si certains jours il en fallait beaucoup. Visualiser l’arrivée m’a toujours permis d’avancer. Je voulais ressentir le soulagement de franchir la ligne plus que je ne voulais m’arrêter.
Ce qui est intéressant, c’est que lorsque je termine une sortie comme celle-ci, j’ai passé tellement de temps à me dire que c’était modeste et réalisable qu’il me faut souvent longtemps pour mesurer l’ampleur de l’accomplissement.

Deux mois après la sortie, beaucoup de gens me demandent comment se passe la récupération. Pour cette sortie, physiquement, j’ai eu l’impression de ne pas avoir besoin de beaucoup récupérer. La longueur et la régularité de l’effort m’ont permis de rester en forme et à l’aise. Bien sûr, quelques semaines tranquilles ont fait du bien, mais la récupération a surtout été une remise à zéro mentale. Je dirais que c’est seulement maintenant que je commence à me sentir mentalement remis. C’est seulement maintenant que je peux dormir une nuit complète. C’est seulement maintenant que les tâches les plus simples du quotidien ne me submergent plus.

« Après le ride est venu un sombre sentiment de manque de sens, plus de routine, plus de raison d’être, et ça, c’était vraiment difficile à gérer. »
Mon esprit était totalement épuisé, l’effort de concentration m’a vraiment affecté, même si je commence à sentir une amélioration maintenant.
Après le ride est venu un sombre sentiment de manque de sens, plus de routine, plus de raison d’être, et ça, c’était vraiment difficile à gérer, quand chaque minute comptait, pour se retrouver du jour au lendemain échoué dans un désert de néant, sans horloge qui tourne, sans montagne à gravir, sans chiffre à atteindre.
Je suis accro à la sensation de ces rides, à cette mission de me prouver ce dont je suis capable, de repousser sans cesse mon idée du confort, d’accomplir et d’inspirer, de me retourner sur mon parcours et de sentir ce noyau de fierté grandir en moi. Les vélos sont une véritable magie.
Pour vraiment comprendre ce que Ben a enduré pendant ces 100 jours, regardez le film ci-dessous :


Sorties
104
Du temps sur le vélo
573 heures 37 minutes
Distance
5 003 km
Dénivelé positif
1 000 000 ft/ 305 039 mètres
Ben Hildred sur Strava
https://strava.app.link/uNAPpHvqfUb
Written by: Ben Hildred
Photos by: Callum Wood
Video by: Scott Robb